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View Full Version : Le climat et l'histoire des civilisations



hientrinh
27-06-2014, 04:47 PM
L’histoire du monde s'est faite au fil de civilisations nées dans des régions climatiques très diverses. La naissance et l'essor de ces civilisations est-elle liée directement au climat?


Le climat est depuis toujours une préoccupation des Hommes, pour qui il détermine les conditions de vie. Il pose d'ailleurs de nombreuses questions. Quel fut l’impact du climat dans l’histoire du monde et l'histoire des civilisations, à grande échelle temporelle ? L’emplacement des premières civilisations historiques peut-il s’expliquer par des facteurs climatiques particuliers ? La vigueur du Croissant Fertile, puis de la Méditerranée, puis de l’Europe, était-elle climatiquement inéluctable ?


Ici, on présente une comparaison de la carte climatique du globe avec la répartition des premières civilisations. L’étude met en avant un dénominateur commun essentiel: l’existence d’un fort stress climatique, qui tendrait à pousser aux innovations matérielles et à faciliter le passage de la Préhistoire à l’histoire.

hientrinh
27-06-2014, 04:53 PM
L’Histoire du monde présente une diversité géographique de développement qui interpelle : certaines régions ont formé des civilisations prospères ayant laissé de nombreux vestiges, tandis que d’autres sont restées dans l’ombre pendant tout ce temps. Pourquoi une telle diversité ?


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[Les pyramides de Gizeh en Égypte]




Pourquoi l’Égypte et la Mésopotamie se sont-elles démarquées du reste du monde en entrant les premières dans l’histoire? Pourquoi les civilisations se diffusèrent-elles si efficacement le long de la Méditerranée ? Pourquoi l’Europe conquit-elle le « Nouveau Monde » et pas l’inverse ? Qu’est-ce qui explique l’ascendant pris par les civilisations chinoise et indienne en Asie ? Pourquoi l’Australie et une grande partie de l’Afrique subsaharienne eurent-elles une présence historique plus limitée en vestiges écrits et monumentaux?



Histoire du monde et histoire du climat: quel lien?


Pour répondre à ces questions, il faut comprendre la logique qui sous-tend la trame de l’histoire observée. L’évolution de l’humanité depuis le Néolithique a-t-elle obéi à des processus aléatoires, ou bien existe-t-il un déterminisme sous-jacent expliquant la diversité observée ? C’est une question capitale, car la répartition actuelle de richesse dans le monde est le résultat de cette longue évolution historique.


Deux faits invitent à penser que le climat pourrait être un facteur explicatif essentiel:



avant la révolution industrielle au XIXe siècle, l’économie des sociétés a toujours été dominée par le secteur agricole, qui est fortement dépendant du climat ;

la révolution néolithique, prélude à l’entrée dans l’histoire, a été permise grâce à la fin de la dernière glaciation : le passage d’un environnement froid et sec à un environnement chaud et humide a été essentiel pour initier la pratique de l’agriculture.

hientrinh
27-06-2014, 05:01 PM
L’existence de vestiges écrits ou monumentaux permet de recenser de façon relativement objective les principales civilisations historiques du monde. Par ailleurs, on ne se préoccupe dans cette partie que des civilisations ayant émergé de façon autonome : l’essor de ces civilisations ne peut donc s’expliquer par l’héritage d’autres civilisations.

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[La Méso-Amérique est l’un des grands foyers de civilisation du monde]





Les huit civilisations autonomes de l'histoire


Huit civilisations autonomes se dégagent.



La civilisation sumérienne en Mésopotamie, née vers 3500 av. J-C.
La civilisation égyptienne, née à peu près en même temps.

La civilisation sabéenne à cheval sur le Yémen et l’Éthiopie actuels, qui trouve ses racines vers 2500 av. J-C.

La civilisation de l’Indus dans l’actuel Pakistan, qui prend son essor vers 2300 av. J-C.
La civilisation chinoise dans la vallée du Fleuve Jaune (nord de la Chine actuelle), qui commence à émerger vers 2200 av. J-C.
La civilisation indienne dans la plaine du Gange au pied de l’Himalaya, qui prend forme peu à peu de 1700 av JC à 500 av. J-C.
La civilisation olmèque au sud du Mexique actuel, qui semble émerger vers 1200 av. J-C.
La civilisation de Caral sur la côte pacifique péruvienne, qui pourrait avoir émergé dès 3000 av. J-C.



Les civilisations sumérienne, égyptienne, sabéenne et de l'Indus

Les quatre premières pratiquèrent la culture du blé, et apparaissent donc comme les héritières du Croissant Fertile au Proche-Orient : c’est là qu’ont été réalisées les premières domestications de plantes du monde, notamment le blé.

L’Égypte et la Mésopotamie sont par ailleurs des précurseurs par rapport à toutes les civilisations ultérieures qui émergeront à leur contact, de proche en proche : Hittites en Anatolie, Minoens en Crète, Israéliens et Phéniciens au Levant, Carthaginois, Romains et Perses. Les cultures grecque et romaine se diffuseront ensuite en Europe, puis dans le reste du monde à partir de la Renaissance, formant le terreau de la « culture occidentale » actuelle. La civilisation arabe est également une héritière de ce vaste ensemble.



Les civilisations chinoise et indienne

La Chine exporta sa culture jusqu’en Corée et au Japon à l’est, et jusqu’au Vietnam au sud. Quant à la civilisation indienne, elle rayonna jusqu’en Indochine et en Indonésie, comme leur nom l’indique.



Les civilisations olmèque et de Caral




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[Colossale tête olmèque au musée du Xalapa. Date de 1200 à 900 av. J.-C. Taille : 2,9 m de haut et 2,1 m de large]




Au Mexique, la civilisation olmèque conduira à l’essor de toutes les civilisations de Méso-Amérique, dont les Mayas et les Aztèques sont les plus connus. Au Pérou, de nombreuses civilisations succèderont à celle de Caral, sur la côte pacifique comme sur les plateaux des Andes : les derniers arrivés, les Incas, sont aussi les plus connus.

hientrinh
28-06-2014, 12:00 PM
CLIMAT: AGRICULTURE ET CIVILISATIONS SONT-ELLES LIÉES?


Chaque civilisation a vu son développement basé sur la culture intensive de plantes particulières. Or, ces plantes sont plus particulièrement adaptées au climat où elles ont été domestiquées : cette contrainte du climat se retrouve donc dans l’aire de répartition des premières civilisations.




12226[Le maïs (Amérique), le blé (Proche-Orient) et le riz (Asie) forment
86 % de la production totale de céréales aujourd’hui dans le monde.
Ils ont été domestiqués dans des climats très différents (à l'image, rizières en terrasse Yunnan Chine).]





Agriculture et types de climat


Passons en revue les différents types de climat concernés.


Le blé a été cultivé dans un climat méditerranéen : les civilisations associées, comme l’Égypte et la Mésopotamie, occupent donc des régions chaudes et sèches.

Le développement de la civilisation chinoise a été fondé sur la culture du millet, domestiqué dans un climat froid et sec. Ce n’est qu’ultérieurement que la Chine s’appropria la culture du riz au cours de sa progression vers le sud.

La civilisation indienne est basée sur la culture du riz, caractéristique d’un climat chaud et humide. Il en fut de même de la Chine à partir de l’époque impériale.
Les civilisations de Méso-Amérique se basèrent sur la culture du maïs, adaptée à un climat plutôt chaud et humide.
Les civilisations andines fondèrent leur développement sur la culture de la pomme de terre, limitée au climat d’altitude froid et sec.

Une première conclusion peut être faite à partir de ces constats : la diversité des climats ayant permis l’émergence des premières civilisations surprend au regard de leur importance pour le secteur agricole. Celles-ci occupèrent presque toutes les niches environnementales, depuis les régions froides et sèches jusqu’aux régions chaudes et humides.

À l’inverse, deux régions au climat apparemment similaire ont pu conduire à des évolutions radicalement différentes : ainsi la basse vallée du Mississipi et celle du Rio de la Plata en Amérique n’ont pas connu l’essor de la plaine du Gange en Inde, malgré les analogies climatiques (climat subtropical chaud et humide). De même, les rives du fleuve Orange en Afrique du Sud, et celles du fleuve Murray en Australie, n’ont pas connu le même développement que le Nil, le Tigre, l’Euphrate et l’Indus, bien qu’ils irriguent aussi des régions désertiques. Quant à la plaine du Danube, climatiquement comparable à celle du Fleuve Jaune (berceau de la Chine), elle n’a permis l’essor d’aucune civilisation antique.

Ainsi, dans cette première vision superficielle des choses, le rôle du climat dans l’essor des premières civilisations semble être quasi-nul…

hientrinh
28-06-2014, 12:09 PM
La diversité climatique constatée entre les civilisations masque un dénominateur commun bien réel : le stress climatique. Pour le déceler, on va avancer une hypothèse : une société n’est pas motivée à faire preuve d’innovation si l’environnement ne lui propose pas d’aiguillon. En particulier, c’est le spectre des famines qui invite à domestiquer la nature pour augmenter l’abondance de nourriture.


Les facteurs du stress climatique

On peut recenser au moins deux facteurs climatiques influençant ce « stress environnemental », ci-dessous.



Les régions présentant une forte variabilité dans les précipitations annuelles connaissent un stress hydrique très fort : un retard ou une avance de la saison des pluies peut avoir des conséquences catastrophiques. Cette caractéristique climatique pourrait être un puissant moteur pour les innovations.

Les régions chaudes et humides tendent à favoriser la propagation des maladies, notamment par le biais du moustique (c’est l’une des causes majeures de décès dans le monde encore aujourd’hui). Si ce sont les maladies qui pilotent la démographie au lieu des famines, la notion de stress environnemental poussant à l’innovation disparaît.


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[L’Inde est un bel exemple de région présentant une alternance de saisons sèches et humides très marquée (Asie des moussons).
Elle doit faire face à un stress climatique fréquent (à l'image Taj Mahal, Agra, Inde).]




Facteurs climatiques des créations de civilisations


À partir de ces réflexions, l’étude menée dans Les civilisations à l’épreuve du climat isole trois facteurs climatiques dont la présence conjointe pourrait constituer un moteur majeur dans la transition vers l’histoire :



une quantité annuelle de précipitations suffisante (> 500 mm) ;
des températures hivernales assez faibles (< 13 °C) ;
un rapport de précipitations entre saison humide et saison sèche suffisant (> 12).

On aboutit ainsi à la carte climatique ci-dessous, superposée à la carte des premiers foyers de civilisation.

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[Chaque foyer climatique a entraîné la naissance de civilisations.]




L’analogie est presque parfaite : aucune civilisation autonome n’a jamais émergé à l’écart de l’un des foyers climatiques mis en avant. Et à l’inverse, tous les foyers climatiques ont bel et bien entraîné l’émergence d’une civilisation. Il existe une seule exception, située autour de la frontière sino-birmane : c’est la seule zone qui ne jouxte ni plaine ni plateau. Cela a sans doute empêché l’unité géographique indispensable à l’essor d’une civilisation : de fait, partout ailleurs dans le monde, les civilisations se sont développées dans les zones planes bordant les foyers climatiques.

Ces constats tendent à confirmer que la naissance de l’histoire a répondu à un fort déterminisme climatique : la diversité rencontrée dans le développement des différentes régions du monde n’apparaît en aucun cas comme aléatoire.

hientrinh
28-06-2014, 12:17 PM
L’histoire du monde s'est faite au fil de civilisations nées dans des régions climatiques très diverses. La naissance et l'essor de ces civilisations est-elle liée directement au climat?



Le rôle du climat, crucial dans la transition de la Préhistoire à l’histoire, a perduré pendant toute l’Antiquité. Ainsi, on peut constater que la diffusion des civilisations de proche en proche a été facilitée par l’existence d’un climat commun.


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[Les dix grands pays les plus riches de la planète occupent des latitudes supérieures à 30° : un hasard ?...
(À l'image Manhattan New York city)]





Les civilisations restent dans leur type de climat originel

Par exemple, les « civilisations du blé » issues du Croissant Fertile ont poursuivi leur diffusion dans toutes les régions au climat méditerranéen ou subtropical sec : à l’est sur le plateau iranien (Perse), à l’ouest sur les rives de la Méditerranée (Grèce, Carthage, Rome…). À l’inverse, ces civilisations délaissèrent dans un premier temps les régions plus au nord (Asie centrale) et au sud (Afrique subsaharienne), aux climats distincts.
Ce n’est qu’ultérieurement qu’elles progressèrent en Europe, en privilégiant d’abord sa partie occidentale aux hivers doux du temps de l’Empire romain, puis en se diffusant peu à peu vers sa partie orientale, plus froide, pendant le Moyen-Âge.

Partout ailleurs dans le monde, les civilisations sont restées à l’intérieur de leur domaine climatique originel. Cette tendance est facile à comprendre puisque l’économie des civilisations est restée longtemps dominée par le secteur agricole, fortement dépendant du climat ; or chaque céréale est davantage adaptée au climat où elle a été domestiquée.


La latitude détermine-t-elle la richesse d'un pays?


On pourrait penser en revanche que le rôle du climat s’est affaibli depuis la révolution industrielle, c’est-à-dire durant ces deux derniers siècles. Or la répartition actuelle de la richesse dans le monde tend à indiquer qu’il n’en est rien. On représente ci-dessous les capitales économiques des dix pays de plus de 10 millions d’habitants les plus riches de la planète, et des dix plus pauvres.

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[Capitales économiques des 10 pays les plus riches et des 10 pays les plus pauvres (de plus de 10 millions d'habitants).]






On constate que la latitude 30° apparaît comme une limite naturelle, avec les pays riches au-delà et les pays pauvres en-deçà. La seule exception est l’Afghanistan, pays pauvre situé à plus de 30° de latitude : cela s’explique aisément par les guerres quasi-permanentes qui ont eu lieu durant ces dernières décennies.

Ainsi, l’Homme a certes réussi à s’affranchir des contraintes de son environnement par différents moyens (climatisation des bureaux, chauffage des maisons, confection de vaccins et de médicaments, épandage d’engrais agricoles…) ; mais cela a un coût, et les régions les plus favorables aujourd’hui seraient celles où ce coût est le plus faible, à savoir les régions tempérées.

Finalement, les technologies ne parviendront jamais à le couper totalement du substrat même sur lequel elles sont bâties : celui de la planète Terre…




D'après Futura-Sciences